Le contrôle numérique est la prochaine étape vers la tyrannie
Nouvelles :
À partir d'août 2025, un monopole gouvernemental sur le trafic Internet international a été imposé au Kirghizistan, le contrôle étant transféré à la société d'État Elkat.
Commentaire :
Cette mesure a été officiellement justifiée par la nécessité de garantir la sécurité nationale, la souveraineté numérique et la lutte contre les contenus nuisibles. Mais derrière ces justifications formelles se cachent des motivations politiques plus profondes qui indiquent une évolution autocratique croissante dans le pays. Le monopole de l’Internet n’est pas seulement une décision technique, c’est un élément clé pour imposer le contrôle de l’espace informationnel avant les élections prévues en 2026-2027.
Accorder des droits exclusifs à une seule entreprise publique signifie éliminer la concurrence, concentrer le trafic de données et créer un environnement de contrôle total sur le flux d'informations. L'ensemble du trafic Internet entrant et sortant passera désormais par un seul portail gouvernemental, donnant au pouvoir la capacité de surveiller, filtrer, ralentir, voire bloquer l'accès aux sites considérés comme « indésirables ». Sous prétexte de lutter contre la pornographie, les menaces cybernétiques et la propagande subversive, l'État se dote en réalité d'outils techniques de censure politique et de répression des opinions dissidentes.
Ce qui est particulièrement inquiétant, c'est que cette mesure pourrait cibler non seulement l'opposition laïque, mais aussi l'activité islamique politique et sociale. Alors que les formes traditionnelles d'opposition ont été démantelées - par la pression sur les médias, l'interdiction des manifestations et la destruction des organisations civiles - l'environnement intellectuel islamique reste l'une des rares plateformes qui adressent une critique réelle au pouvoir et au système capitaliste dans son ensemble. Les groupes islamiques, les initiatives éducatives et les chaînes religieuses sur les réseaux sociaux constituent une alternative non seulement politique, mais aussi principielle, contribuant à façonner l'opinion publique. Cela représente une menace pour le régime autocratique, qui n’est même pas capable de rivaliser au niveau d’une vision de la vie.
Le monopole de l'Internet permet d'isoler techniquement cette alternative islamique. L'État peut bloquer les ressources qui ne passent pas par des mécanismes de filtrage, tels que les articles politiques, les conférences islamiques, les leçons vidéo, les blogs et les plateformes éducatives non approuvés par les autorités. Sous le slogan de la lutte contre l'extrémisme, il peut fermer des chaînes qui ne constituent aucune menace, mais qui offrent un modèle de vie communautaire différent de celui pratiqué par les laïcs. Il ne s'agit pas d'une protection contre l'extrémisme, mais d'une répression du champ intellectuel.
Le contexte électoral ne peut pas non plus être ignoré, car le pouvoir ressent un sentiment d'instabilité, de perte de contact légitime avec le peuple et de manque de confiance, et préfère donc la gestion, le contrôle et la contrainte au dialogue politique. Le monopole de l'Internet permet, au moment critique, de ralentir voire de couper la communication, de bloquer les chaînes de télégrammes, de supprimer les messages indésirables et de restreindre la diffusion de vidéos et de flux en direct. En réalité, cela prépare à isoler numériquement les gens à un moment fatidique de la vie publique, le tout sans avoir besoin de justifications, en contrôlant l'infrastructure, et non par des voies légales.
Les conséquences de cette mesure sont claires ; Le Kirghizistan perdra ce qui reste de sa liberté numérique, qui le distinguait dans la région. La fuite des jeunes et des spécialistes de la technologie, habitués à l'Internet ouvert et à la libre accès, va s'intensifier. La confiance sociale diminuera et la méfiance envers les institutions s'intensifiera. Plus grave encore, le pouvoir va resserrer son emprise, car l'expression dissidente deviendra techniquement impossible et, en fin de compte, le pouvoir ne sera soumis à aucune responsabilité.
Le monopole de l'Internet n'est pas une réforme économique, mais une ligne de démarcation politique derrière laquelle se cache une tyrannie numérique, où les idées et les mots alternatifs sont remplacés par la « stabilité ». Si la société ne s'en rend pas compte aujourd'hui, l'accès à l'information et aux actualités pourrait devenir demain aussi impossible que derrière les barreaux.
Écrit pour la radio du Bureau des médias central du parti de la libération (Hizb ut-Tahrir)
Latif Al-Rasikh