Gabès entre la revendication d'un droit à une vie digne, le mépris du pouvoir et l'indifférence de l'Occident
Actualité :
Les autorités tunisiennes ont commencé à rechercher des solutions pour démanteler le complexe chimique du gouvernorat de Gabès, réduire la pollution environnementale dont souffrent les habitants depuis des décennies, tout en préservant les milliers d'emplois offerts par cette installation industrielle dont l'État a besoin pour sa valeur économique et ses revenus financiers. Dans ce contexte, le ministère tunisien de l'Équipement et du Logement a annoncé dimanche le lancement de discussions avec la Chine concernant un projet de réhabilitation des unités de production du complexe chimique, de traitement des émissions, d'élimination de leurs causes et de mise fin à la pollution environnementale dans la région.
D'autre part, les habitants de Gabès se préparent à sortir, dimanche soir, lors d'une marche populaire pour exiger l'arrêt des émissions de gaz et des polluants provenant des unités du complexe chimique de la ville, et pour défendre leur droit à un environnement sain et sûr. (Al-Arabiya)
Commentaire :
Le complexe chimique de Gabès produit et exporte des dérivés de phosphate et des engrais. L'État le considère comme l'une des principales institutions industrielles de Tunisie, qui contribue activement à la fourniture de devises et crée également des milliers d'emplois. Mais d'un autre côté, ce complexe a causé et cause une catastrophe environnementale majeure qui menace la vie des humains, des animaux et des plantes.
L'oasis de Gabès, autrefois considérée comme un paradis verdoyant de palmiers et d'arbres fruitiers, est devenue une zone semi-aride après l'assèchement des sources d'eau naturelles. Quant à la côte, le golfe de Gabès, qui était autrefois un incubateur de poissons en Méditerranée, est devenu une zone presque morte écologiquement. Les pêcheurs locaux confirment que 90 % des ressources halieutiques ont disparu en raison du rejet d'environ 13 000 tonnes par jour de déchets de phosphogypse dans la mer, ce qui a étouffé le fond marin et l'a privé d'oxygène, entraînant ainsi une baisse de la pêche et la migration de nombreux marins vers d'autres villes comme Sfax.
Une étude publiée par la Commission européenne en 2018 a révélé que plus de 95 % de la pollution atmosphérique à Gabès est due au complexe chimique, avec le rejet annuel de centaines de tonnes de gaz polluants auxquels sont exposés plus de 180 000 habitants de la région.
Malgré les protestations populaires quotidiennes qui ont éclaté depuis quelques jours, le pouvoir en Tunisie ne traite pas la situation, malgré sa gravité, de manière sérieuse et urgente, comme s'il ne la considérait pas comme une question de vie ou de mort. Elle entame des discussions et recherche des solutions avec la Chine, et Dieu seul sait ce qu'il adviendra de ces discussions ! De même, elle fait face à ces protestations, et son attitude laisse entendre que les habitants n'ont pas le droit de revendiquer une vie digne. Des sources judiciaires et de défense des droits de l'homme ont rapporté l'arrestation de dizaines de manifestants lors de manifestations à Gabès contre un complexe d'industries chimiques que les habitants accusent d'être responsable de la pollution et de la détérioration de la situation sanitaire dans la ville.
Il convient également de noter que le phosphate utilisé dans l'agriculture européenne et principalement destiné à nourrir le sol en phosphore, azote, calcium et aluminium provient en grande partie de Tunisie, qui était jusqu'en 2010 le cinquième producteur mondial de phosphate et dont les exportations représentaient 10 % des exportations totales du pays. La France, par exemple, a fermé les entreprises qui transformaient le phosphate dans son pays depuis 2004 en raison de la pollution qu'elles causaient, alors qu'elle n'a aucun problème à importer ces matières d'autres entreprises tant qu'elles ne représentent pas une menace pour son pays !
Écrit pour la radio du Bureau médiatique central du Hizb ut-Tahrir
Nadhir Ben Saleh – Wilaya de Tunis